Sans chercher à savoir qui vous êtes ni la raison de votre présence en ces lieux, une calebasse de bilbil (boisson locale faite à base du mil) vous est servie. Quand bien même vous ne vous exprimez pas en fulfulde ou en dii la vendeuse fait assoir une jeune dame auprès de vous et avec un sourire de grande joie vous dit « voilà une femme, épouse là elle va facilement t’apprendre à parler le fulfuldé et même le dii ». Tout en vous intriguant. Dans ce haut lieu de brassage culturel où la convivialité est de mise, on retrouve pratiquement toutes les composantes ethniques du Cameroun et même des pays voisins. A l’idée de savoir quel est le secret d’une telle harmonie pour des communautés qui viennent d’horizons diverses Mbairam Victor dira «nous formons déjà une famille, une fois un seau de bilbil acheté, il n’appartient à personne, on le bois tous ensemble, comme ça on apprend aussi à se connaitre. Ici il n’y a pas question de nordiste ni de sudiste ou de camerounais et de tchadien, nous sommes tous camerounais ». Si les gens abondent à Gada-Bidou, ce n’est pas seulement pour la qualité de vin au goût exquis. En fait chacun y trouve son compte, d’aucuns viennent uniquement pour des réunions hebdomadaires, question de resserrer les liens. Il n’est donc pas rare de rencontrer un responsable d’administration en ce lieu de communion par excellence. « Beaucoup de gens viennent souvent ici, pas uniquement pour boire le bilbil parce qu’il coûte moins cher, mais c’est parce qu’ici il y a toujours de l’affluence, tu peux retrouver un cousin que tu avais perdu de vue », affirme KANZOO Emmanuel. Pour plusieurs personnes le début n’a pas été facile de s’installer mais avec le temps ils se sont adapter « Lorsque j’ai commencé à vendre le bilbil, ce n’était pas facile pour moi. Car je suis éwondo, mvog belinga d’ékounou II. Il a fallu beaucoup de temps pour que je me fasse accepter dans le milieu comme productrice et vendeuse. Un vrai challenge ! Mais pour finir, ils ont été conquis par la qualité de mon vin. Sans me vanter, mon vin est meilleur que celui de leurs sœurs, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle mon tchapalo est toujours plein. Mes clients, qui sont en majorité originaires du grand nord, se demandaient au départ comment une ‘’gadamayo’’ a fait pour savoir fabriquer le bilbil ? Donc c’était par curiosité qu’ils venaient. Malgré tout, j’avoue qu’ici les gens sont accueillants et solidaires. Je me sens mieux ici à Ngaoundéré que chez moi à Yaoundé ».

